Concussion (Seul contre tous)
Nombreux sont désormais les films et séries qui ont traité du football américain, collège, universitaire ou professionnel. Nous connaissons tous bien sûr « L’enfer du dimanche » avec Al Pacino ou encore « Draft Day » avec Kevin Costner. Nous traiterons d’ailleurs bientôt ces deux films, ainsi que d’autres un peu moins connus. Dans leur grande majorité ces productions mettent en avant le produit « Football Américain », magnifiant son côté spectaculaire et parfois même héroïque. Bref, des réalisations à la gloire du sport national U.S.
Et puis en 2015, à contrecourant de tout ce qui avait été fait jusque-là, sort « Concussion », « Seul contre tous » en version française, un titre décalé alors qu’au Canada, le titre choisi, « Commotion », est évidemment beaucoup plus proche du titre original.
Histoire vraie, grands acteurs, accueil mitigé
Comme d’habitude, il n’est pas question pour nous de dévoiler le scénario complet car, que vous l’ayez déjà vu ou non, « Concussion » mérite d’être revu ou simplement découvert.
« Concussion » retrace le combat mené par le Docteur Bennet Omalu, alors médecin légiste, entre 2006 et 2015 pour faire reconnaître le CTE (Chronic Traumatic Encephalopathy), c’est-à-dire la mise en évidence des effets neurologiques plus que collatéraux entre la violence du football américain et les terribles déficiences physiques et mentales de certains joueurs et anciens joueurs.
L’histoire commence en septembre 2002 avec l’autopsie de l’ex-centre des Steelers et des Chiefs, Mike Webster, retrouvé mort dans sa camionnette après des années de désespoir, de solitude et d’errance, bien loin des fastes qu’il avait connus durant sa carrière professionnelle. « Iron Mike », c’est son surnom, a été une immense star de la ligue, considéré comme un des plus grands centres de l’histoire : 4 Superbowls, 9 fois ProBaller, 5 fois All Pro et intronisé au Hall Of Fame en 1997.
Le Docteur Omalu, interprété par Will Smith, poursuit ses investigations au-delà de ce qui lui est demandé car il ne comprend pas la véritable raison de la dégénérescence et de la mort de Webster et découvre des évidences de traumatismes neurologiques, qu’il baptise donc CTE : Chronic Traumatic Encephalopathy, traumatismes liés aux chocs répétés à la tête que Webster a encaissés tout au long de sa carrière. Soutenu par ses proches collègues médecins puis par le médecin des Steelers, interprété par Alec Baldwin, Bennet Omalu rend alors publiques ses conclusions. Inutile de préciser que la NFL va réfuter en bloc les arguments d’Omalu n’hésitant pas à employer tous les moyens de pression et de dénigrement pour faire taire le légiste.
Autre cas réel évoqué dans le film, celui de Justin Strzelczyk, ex-lineman offensif des Steelers de 1990 à 1998. Cet homme d’une seule franchise avait des pertes de mémoire et des troubles du comportement alors inexpliqués, et des comportements violents en famille notamment. Décédé dans un accident de voiture en 2004 lors d’une course poursuite avec la police alors qu’il roulait trop vite, il s’était des années plus tôt entretenu avec Webster des traumatismes qu’ils partageaient tous les deux, sans pour autant consulter le corps médical.
Le Docteur Omalu aura l’occasion de présenter ses travaux devant un comité de la NFL en charge de la santé des joueurs. Il ne pourra même pas finir sa présentation. Diffamé, attaqué, il doit même quitter Pittsburgh pour éviter une pression médiatique trop forte et fuir de fausses accusations proférées par ceux qui le voient comme un danger pour le sport roi, la NFL en tête.
L’histoire le ramène pourtant au-devant de la scène et lui donne raison en février 2011 lorsque Dave Duerson, défensive back des Bears, Giants et Cardinals, 2 fois vainqueur du Superbowl et 4 fois ProBaller, incapable de mener une vie normale tant ses capacités cognitives sont atteintes, se suicide à l’âge de 50 ans. Duerson laisse une lettre expliquant que le Docteur Omalu est dans le vrai et demande que son cerveau soit autopsié. La presse s’empare alors de l’affaire et rend enfin les conclusions d’Omalu totalement légitimes.
Proche de la véritable histoire, le film retrace donc les longues années d’un combat scientifique et humain face à la toute-puissance d’une organisation comme la NFL et l’indifférence d’une partie du monde médical, sans oublier le déni des américains qui ne veulent surtout pas qu’on touche à leur sport favori. On ne touche pas au football américain et à son économie florissante. Le film a donc été reçu de façon très mitigée par le public américain. Et pourtant le réalisateur, Peter Landesman, reconnaîtra que le film avait été revu et corrigé par rapport au script original, épargnant notamment Roger Goodell et Paul Tagliabue, commissionnaire de NFL de 1989 à 2006 juste avant Goodell. Le New York Times a mis en évidence des mails relatifs, et je cite, « à la suppression de moments peu flatteurs pour la NFL et à la suppression de la plupart des attaques du film contre la NFL », afin de réduire les chances que la ligue n’attaque le film.
Mais que fait la NFL ?
En 2011 la NFL est donc obligée de réagir, poursuivie devant les tribunaux par des centaines d’anciens joueurs pour ne pas avoir suffisamment communiqué et prévenu des risques qu’ils encouraient. Elle avait d’ailleurs commencé à le faire un ou deux ans plus tôt, sentant le vent tourner.
Chronologiquement :
En 2009, Roger Goodell publie une note spécifiant qu’un joueur présentant des symptômes tels que la perte de mémoire et des étourdissements ne devait pas reprendre le jeu. De même des aménagements ont lieu sur les règles des placages et contacts. C’est un début, antérieur aux attaques juridiques subies par la NFL, mais dont le périmètre est encore trop flou.
En 2010, la NFL reformule certaines règles des contacts à l’aide du casque et la façon de se projeter contre l’adversaire. Les violations de ces règles imposent une sanction sportive de brutalité excessive (Unnecessary roughness) de 15 yards. Et depuis 10 ans la NFL a progressivement modifié les règles et comportements.
En 2012, après des commotions subies en semaine 10 par Jay Cutler, Alex Smith et Michael Vick, l’association des joueurs demande que des neurologues indépendants des franchises soient présents à chaque match.
En 2013, la NFL annonce la création de directives d’évaluation des commotions cérébrales pour la tête, le cou et la colonne vertébrale, en match comme à l’entrainement, en saison régulière comme en présaison. Elle impose également des tests de référence et la mise en place de personnel qualifié pour effectuer ces évaluations.
En 2016 une règle est édictée visant à punir les franchises qui ne respecteraient pas les protocoles de commotion, afin de sensibiliser non seulement les joueurs mais surtout les décideurs que la santé des joueurs doit désormais être au cœur de leurs préoccupations.
En parallèle de toutes ces mesures, les enregistrements d’impacts à l’aide de capteurs sur les casques se sont multipliés et améliorés au fil des ans, aidant à mieux cerner les dommages subis par les joueurs et à améliorer la qualité des matériels utilisés. De nombreux joueurs, dont Cliff Avril des Seahawks, ont évoqué positivement les bienfaits des nouvelles protections et notamment des casques les plus performants.
Autres acteurs impliqués : les arbitres. Il est de plus en plus évident que leur capacité à faire respecter les règlements doit permettre de préserver la santé des joueurs.
Chez les plus jeunes, collèges et universités, la formation est également essentielle. Les éducateurs doivent amener chaque joueur à comprendre qu’au-delà du défi que représente chaque snap, il doit aussi respecter l’adversaire.
Nous aimons tous ce sport, ses actions spectaculaires et les placages parfois monstrueux signes de l’engagement extrême des joueurs. On se souvient de la violence du placage de Kam Chancellor sur le tight-end des 49ers Vernon Davis. Au ralenti ce placage est juste … irréel. Comment ne pas se souvenir également du choc incroyable subi par Emmanuel Sanders lors d’un match Broncos-Rams de l’époque Peyton Manning. Et de dizaines d’autres actions qui nous font lever de nos fauteuils, souvent inconscients de la violence physique réelle. Mais comme tout spectacle, ce sport n’existe que par le talent de ses acteurs et il est évidemment crucial de continuer à essayer de les protéger.