Luke Kuechly – « The right thing to do »
Le 14 janvier 2020, Luke Kuechly, linebacker star des Carolina Panthers, annonçait sa retraite professionnelle à l’âge de 28 ans, en ces termes :
« There’s only one way to play this game since I was a little kid — play fast, play physical and play strong. And at this point I don’t know if I am able to do that anymore. That’s the part that is the most difficult. »
(« Il n’y a qu’une seule façon de jouer à ce jeu depuis que je suis enfant : jouer vite, jouer physique et jouer dur. Et à ce stade, je ne sais plus si je suis capable de le faire. C’est la partie la plus difficile. »)
Il ajoutera que c’est pour lui « The right thing to do ». Nul besoin de traduire …
Après l’éviction du coach Ron Rivera quelques semaines plus tôt, la franchise de la Caroline perd ce jour-là le cœur de sa défense et un des joueurs majeurs de son histoire récente. Considéré comme le meilleur à son poste avec Bobby Wagner, leader NFL au nombre de tacles depuis 2012, Kuechly s’en va. On ne reverra donc plus le numéro 59 sur un terrain.
Un seule franchise : 8 saisons aux Panthers
Kuechly est issu du Boston College, comme le quarterback Doug Flutie, drafté en 1985 et seul trophée Heisman de Boston College à ce jour. En 3 saisons et 38 matchs chez les Eagles et au sein d’une solide conférence ACC, il empile les tacles (532), intercepte à 7 reprises et accumule les records et les distinctions.
Drafté en 2012 au 1er tour et 9ème rang par les Panthers de la Caroline, Kuechly devient très vite une référence à son poste. Lors de sa première saison en 2012 il termine premier de la ligue au nombre de tacles avec 164 et est nommé rookie défensif de l’année. L’année suivante il est nommé joueur défensif de l’année. Il est un des deux seuls joueurs à avoir remporté ces 2 distinctions consécutivement. L’autre s’appelle Lawrence Taylor, pour les plus jeunes, un formidable linebacker qui ne connut comme Kuechly qu’une seule franchise, les Giants de New York entre 1981 et 1993.
Son impact se mesure immédiatement sur le terrain, auprès de ses partenaires de l’escouade défensive dont il devient naturellement le capitaine. Et bien sûr dans les résultats et dans les chiffres. En 2011 les Panthers étaient classés 27èmes en yards encaissés par match et 25èmes en yards à la course. En 2012, premier effet de la nouvelle recrue, 10èmes en yards encaissés sur la saison et 14èmes à la course. Puis en 2013, 2èmes en yards encaissés par match et 2èmes à la course.
Évidemment cette spectaculaire progression n’est pas l’œuvre d’un seul homme et résulte bien d’un effort collectif, mais la contribution du numéro 59 est énorme. En deux saisons seulement il devient une des figures de la franchise, avec son coach Ron Rivera, arrivé en 2011, et le quarterback Cam Newton, drafté 1st pick un an seulement avant Kuechly.
Pourtant la franchise connait des hauts et des bas, et affiche une étonnante irrégularité d’une saison à l’autre, alternant les bilans très positifs et des saisons ratées (2012 : 7 V – 9 D, 2013 : 12 V – 4 D, 2014 : 7 V – 8 D – 1 N). Jusqu’à atteindre la quasi perfection en 2015. Cette année-là Cam Newton passe avec succès (35 touchdowns) et court partout (10 touchdowns), Ted Ginn et Greg Olsen réceptionnent, les Panthers ont un bel équilibre offensif et une assurance tous risques nommée Kuechly et son escouade défensive pour ce qui est de freiner l’adversaire. Ils terminent premiers de la saison régulière avec un exceptionnel bilan de 15 victoires pour une seule défaite à Atlanta, battent les Seahawks (31-24) au Divisional Round puis atomisent en finale de conférence, 49 à 15, les Cardinals d’un Carson Palmer sous pression (4 interceptions) pour rejoindre le SuperBowl et défier les Broncos. Ce 7 février 2016, au Levi’s Stadium à Santa Clara, en dépit de 10 tacles, 1 sacks, 1 passe déviée et d’une performance globale majeure de leur linebacker vedette, les Panthers s’inclinent 24 à 10 face à Denver où évolue pour la dernière fois le fantôme de Peyton Manning dans une rencontre de faible qualité. Inexpérimentés à ce niveau ? Etouffés par le poids de l’événement ? Peu importe, Denver est champion, les Panthers battus.
Depuis, les résultats sont en baisse : un seul bilan positif en 2017 avec 11 victoires et 5 défaites. Jusqu’à cette dernière saison que l’on peut résumer ainsi : niveau de jeu inconstant, résultats décevants, éviction de Rivera en décembre, retraite de Luke Kuechly en janvier.
L’heure de la retraite
Le sextuple Pro-Bowler et quintuple All-Pro s’est donc retiré le 14 janvier, selon toute vraisemblance à la fois par peur de la blessure de trop, de la saison de trop, par manque d’inspiration, d’envie, de motivation, comme il l’a exprimé lui-même dans sa déclaration dont nous avons repris l’essentiel au début de cet article. Il a sans doute aussi pris cette décision parce que les Panthers sont dans une phase de reconstruction et qu’il ne se voyait pas faire partie de ce cycle qui peut durer 3, 4 ou 5 ans sans aucune garantie de résultats. Pour autant il n’a pas demandé à être transféré. Les Panthers, mais aussi la NFL, viennent de perdre un de leurs tous meilleurs éléments.
A 28 ans, il aura connu une carrière exceptionnelle, même s’il lui manque le couronnement suprême d’un SuperBowl. Pourtant il n’est pas certain qu’il soit un jour nommé au Hall of Fame car il n’aura au final passé que 8 ans dans la ligue, et donc sans titre. Cependant il ne devrait pas s’éloigner des terrains, que ce soit comme consultant pour un grand media américain, ou au sein du staff des Panthers, et pourquoi pas le staff défensif. Ce serait alors un cas rare où le coach serait meilleur que les linebackers qu’il entraine. Pour les Panthers, à l’heure de la grande reconstruction, s’appuyer sur une légende de la franchise est essentiel, et Kuechly pourrait parfaitement s’inscrire dans ce rôle de mémoire et de transmission, ce qu’on nomme aux Etats-Unis : « legacy », « l’héritage ».
L’anecdote
L’homme est intelligent, simple, disponible, sur et en dehors du terrain. Et donc une petite anecdote s’impose. Il est (était L) capable de citer tous les noms des joueurs de chaque équipe de la NFC South, ses adversaires directs. Une vidéo enregistrée par Pat McAfee (ancien punter reconverti aujourd’hui dans les medias) est disponible sur Youtube. Ne la ratez pas, elle vaut le détour, du Kuechly pur jus, humble, professionnel.
Mon sentiment
J’ai eu la chance le 13 octobre dernier d’assister à la victoire des Panthers face aux Buccaneers à Londres. Et de voir Luke Kuechly à l’œuvre.
Et ce dont je me souviens, c’est qu’à chaque fois qu’il a touché ou ne serait-ce qu’effleuré la balle, effectué un tacle et plus encore, lorsqu’il a intercepté Jameis Winston, une rumeur sourde, un « LUKE, LUKE, LUKE … « a parcouru le stade entier, comme un immense frisson, exprimant toute la reconnaissance et l’absolu respect de la NFL Nation pour un de ses héros.
Luke Kuechly en chiffres
- 125 matchs joués, tous comme starter, dont 7 matchs de playoffs
- 10 matchs ratés seulement en 8 saisons
- 1 153 tacles, dont 718 solo tackles
- 14,5 sacks
- 7 fumbles forcés
- 10 fumbles recouverts
- 21 interceptions
- 3 touchdowns
- 73 passes déviées
Luke Kuechly : les distinctions
NCAA
- First-Team All American : 2009, 2010 et 2011
- Rookie défensif de l’année en ACC : 2009.
- Joueur défensif de la conférence ACC : 2011
- MVP défensif de l’Emerald Bowl en 2009
NFL
- Rookie défensif de l’année : 2012
- Joueur défensif de l’année : 2013
- 7 fois Pro Bowler (consécutivement).
- 5 fois All Pro